C’est la question du moment, faut-il quitter WhatsApp suite aux annonces des nouvelles conditions générales du groupes indiquant un partage d’informations avec les autres entités du groupe Facebook ?

Pour rappel, la société WhatsApp appartient à Facebook depuis 2014, donc sur le fond, il n’y a rien d’étonnant qu’un regroupement se fasse progressivement.

Pourquoi font-ils ça ? WhatsApp a une application « WhatsApp Business » qui est donc à but commercial. Celle-ci, actuellement, permet de gérer les messages clients avec des tags comme « nouveau client », « nouvelle commande », « payé », etc. (et on peut ajouter les catégories de son choix), rien d’extraordinaire donc.
Avec cette applications WhatsApp Business, WhatsApp souhaite que ça devienne un canal d’achat. Et afin de faire fructifier les ventes, cibler la publicité etc, il veut partager les informations avec les autres entités du groupe Facebook. Cela lui permettra de monétiser sa plateforme qui pour l’instant ne lui rapporte pas grand chose (bon, personnellement, je demande à voir ce que « pas grand chose » veut dire, mais c’est une autre histoire).

En soit, pour l’utilisation, ça ne va rien changer et ils ne vont pas, selon leurs informations, espionner nos messages afin d’utiliser le contenu pour cibler la publicité, etc. Ils vont surtout utiliser vos informations, notamment : le numéro de téléphone, le nom ou l’adresse IP pour géolocaliser (savoir que vous êtes en Suisse par exemple).

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[Source : Apple ‘App Privacy’ Labels Apple App Store]

A lire aussi Les trois trahisons de WhatsApp [Le Temps, 01.05.2018]

Un article qui expose brièvement la divergences d’opinions entre Facebook et le créateur originel de WhatsApp (racheté en 2014 par Facebook) Jan Koum, concernant les 3 sujets suivants : Le partage de données avec Facebook, La monétisation de WhatsApp et Le chiffrement

Cependant, WhatsApp nous considère juridiquement comme dans l’Union Européenne et de ce fait, avec leur RGPD (Règlement général sur la protection des données ou GDPR : General Data Protection Regulation), ils ne pourront pas appliquer leurs nouvelles conditions en Europe…
Maintenant, on n’est pas à l’abri que dans quelques temps, ils se disent « ah mais la Suisse, en vrai, ils ne sont pas sous l’égide de la RGPD, alors on va appliquer nos conditions » ou encore trouver un moyen détourné de les appliquer à l’ensemble de l’Europe protégée par la RGPD.

A ce sujet, il est très important de préciser que, contrairement à ce qui a été dit dans un certains nombre de medias, le RGPD ne s’applique pas directement à la Suisse car le RGPD est une loi européenne régissant les interactions numériques avec les états membres. En Suisse, nous sommes très impactés par le RGPD compte tenu de notre position géographique et des nombreux échanges commerciaux avec nos voisins européens. Mais dans le cas précis de WhatsApp et Facebook, compte tenu que les sociétés sont américaines, le RGPD ne rentre pas en ligne de compte. Ce sera donc les lois suisses comme par exemple la Loi fédérale sur la protection des données (LPD), ou éventuellement la Loi fédérale contre la concurrence déloyale (LCD), qui seront utilisées en cas de litige et non le RGPD.

Nous bénéficions probablement de ce traitement liée au RGPD compte tenu que nous sommes un îlot au milieu de l’europe, mais rien ne peut garantir que dans le futur WhatsApp ou Facebook n’abandonnent ce régime d’exception, compte tenu que légalement il n’y sont pas tenus. Nous pouvons espérer que nos législateurs dans leurs futures révisions de la LDP, devant évoluer dans le sens du RGPD, puissent améliorer ceci, mais aucune assurance quant à cela.

PLUS D’INFO [extrait de l’article RGPD : de quoi parle-t-on ? du CNIL, 01.05.2018]

Qui est concerné par le RGPD ?

Tout organisme quels que soient sa taille, son pays d’implantation et son activité, peut être concerné.

En effet, le RGPD s’applique à toute organisation, publique et privée, qui traite des données personnelles pour son compte ou non, dès lors :

  1. qu’elle est établie sur le territoire de l’Union européenne,
  2. ou que son activité cible directement des résidents européens.

Je pense que ce coup de pieds dans la fourmilière qu’ils se sont auto-infligé est bien pour passer aussi à d’autres applications.

Personnellement, je n’aime pas les agissements de WhatsApp à s’approprier nos informations pour les partager avec les autres entités. C’est pourquoi, je suis sur Telegram (mais aussi d’autres applications de messagerie, voir mon article Test des applications de messageries).

Vous aurez prochainement, si ce n’est pas déjà arrivé, une fenêtre qui va apparaître ainsi lorsque vous irez dans votre application WhatsApp. Pour l’instant, vous pouvez juste faire la croix pour ne pas accepter mais en mai (à la suite de toute cette polémique, ils ont repoussé l’entrée en vigueur des nouvelles conditions), lorsqu’ils appliqueront les nouvelles conditions, si elles ne sont pas acceptées, il ne sera plus possible d’accéder à l’application.

Dans le prochain article [Quitter WhatsApp – Comment ?], je vous explique comment quitter complètement WhatsApp car il ne suffit pas juste de désinstaller l’application (car dans ce cas, le numéro de téléphone resterait affilié à l’application).